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Les couloirs du bâtiment

 

Cette année là, pour la première fois de ma vie, je vais travailler dans un bureau. Le bâtiment dans lequel je me retrouve ce matin d'avril est gigantesque. Près de 1200 personnes y travaillent. Ses couloirs sont pour moi comme un labyrinthe. Je m'y perds. A l'heure de midi, j'ai beaucoup de peine à trouver la cafétéria. Je n'ose pas imaginer retrouver mon bureau dans ce dédale de couloirs et de palissades mobiles toutes identiques. Mais que suis-je venu faire ici ?

 

Même la cafétéria est immense. Derrière moi, tout à coup, j'entends une petite voix qui me demande : "Je peux vous aider ? " C'est une jeune femme qui apparemment travaille là depuis quelques temps et qui semble se souvenir qu'elle aussi à ses débuts, était un peu perdue dans ces couloirs. Elle s'appelle Josiane, et une amitié est née entre elle et moi. De jour en jour, cette amitié a grandi, et la présence de Josiane m'a beaucoup aidé durant cette année, l'année où la mère de mes enfants m'a quitté. Elle a été un soutien pour moi. Lorsque je lui ai dit que ma femme me quittait, les paroles qu'elle m'a prononcées m'ont redonné tout le courage qu'il me manquait : « Lorsqu'on vit une situation difficile, c'est une catastrophe parce qu'on la voit de l'intérieur, mais lorsqu'on la regarde de l'extérieur, on se rend vite compte que ce n'est qu'une mini catastrophe ». Ces paroles m'ont redonné du courage….J’ai appris à regarder ma situation depuis l’extérieur. Je dois préciser que Josiane n'est en rien pour cette séparation !!! Ok ?

 

Puis j'ai changé de travail. Je suis allé travailler dans un bureau de placement de personnel. Ma tâche consistait à trouver une place de travail à ceux qui en cherchaient. Un jour une jeune fille est venue se présenter pour une place de travail. Elle avait un regard si triste que je me suis permis de lui demander :

 

" Mademoiselle, vous avez l'air tellement triste, quelque chose ne va pas? "

 

Elle m'a répondu que je me trompais, que tout allait bien pour elle. Pourtant, deux semaines plus tard, on la retrouvait morte, pendue dans un garage. J'en étais bouleversé. Mais qu'aurais-je pu faire ? Qu'aurais-je pu lui dire ? Quel réconfort aurais-je pu lui apporter ? Je n'avais rien à lui proposer, car comme à elle, la tristesse s'était attachée à moi. Elle s'appelait Christelle, elle avait 20 ans….

 

Malgré le fait d'avoir changé de travail, l'amitié entre Josiane et moi est restée. Nous continuions de nous voir de temps à autre.

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