Mais, le mercredi soir 14 octobre 1992, tout est revenu comme avant: la drogue, l'alcool, les désirs sexuels, le désespoir. Je n'en pouvais plus, j'étais à bout de souffle. C'est alors que je décidais d'en finir avec la vie. Même mes enfants ne me retenaient plus. Rien, plus rien ne me retenait. Même Dieu ne pouvait rien faire. Le trou dans lequel j'étais tombé était trop profond. Il n'existait pas de corde assez longue pour venir me chercher là où j’étais tombé et il n'existait pas de lumière assez forte pour chasser les ténèbres qui m'entouraient…
C'était la fin. Je quitterai ce monde sans aucun regret. J'avais tout essayé, même Dieu, alors, la peur au ventre, les yeux pleins de larmes comme jamais, je suis tombé à terre sur mes genoux, j'ai levé le poing vers le ciel et j'ai adressé cette prière à Dieu :
" Dieu, si tu existes, si tu es aussi puissant que le dit mon copain Philippe, alors je te pose un défi. De ma vie j'en veux plus, alors prends-la ou je mets fin à mes jours. Je te donne jusqu'à samedi midi. Amen. "
Ça, c'est une prière que tu ne trouves dans aucun recueil, dans aucun livre, dans aucun évangile. C'est une prière sortie tout droit des profondeurs de mon âme en détresse. Du plus profond de mes tripes, pardon de mon cœur.
Puis j'ai attendu mais il ne s'est rien passé. J'avais perdu mon défi. J'avais osé défier Dieu et il ne m'avait pas répondu. Tout était dit. Samedi à midi, je mettrais fin à mes jours selon un plan que j'avais établi. Mais, (il y a toujours un mais dans ce genre d'histoires…) le lendemain, Philippe me téléphonait et m'invitait à l'accompagner dans son église à l'occasion d'une soirée d'évangélisation donnée par un prédicateur venu du Québec. Je ne pouvais tout de même pas refuser, car à chaque fois qu'il m'avait invité à manger, j'avais toujours accepté sans même savoir ce que c'était qu'une soirée d'évangélisation, je ne pouvais tout de même pas refuser ce soir-là sous prétexte qu'il n'y avait rien à manger….
C'est bien la première fois que j'allais mettre les pieds dans une église évangélique, sans aucun soupçon de ce qui m'attendait…
Lorsque je suis entré dans cette église, un vieux cinéma recyclé en église, j'ai été surpris de l'accueil des personnes présentes ce soir là. Elles dégageaient quelque chose que je n'avais jamais rencontré: de l'amour, de la paix, de la joie. Il y avait des musiciens, des chanteuses, et tout le monde s'est levé et a commencé à chanter. Certaines personnes fermaient les yeux, d'autres levaient les bras. Le temps d'un instant, je me suis cru chez des fous, mais ils avaient l'air tellement heureux, ...EUX !!!
C'était la première fois que j'entendais prêcher l'Évangile. Le gars parlait de l'amour de Jésus mort sur une croix pour payer les fautes de chacun, pour payer MES fautes. Il disait aussi que Jésus allait revenir et que l'on devait être prêt. Que si on ne l'était pas, il serait trop tard. Il disait encore que Jésus pouvait changer les vies. J'étais profondément touché par ses paroles, comme hypnotisé. Tout mon être vibrait. Quelque chose que je ne connaissais pas est venu sur moi. C'était bon. Merveilleux. J'étais troublé jusqu'au plus profond de mon être. J'avais envie de pleurer, mais j'étais trop orgueilleux pour lâcher mes larmes au milieu de toutes ces personnes. Qu'allaient-elles penser ? Puis il a fait un appel : " Que ceux qui veulent donner leur cœur au Seigneur Jésus lèvent la main et s'avancent. " Sans réfléchir, comme poussé par je ne sais quoi, j'ai levé la main et une force invisible m'a poussé à m'avancer. Le prédicateur a prié pour moi et en me regardant droit dans les yeux m'a dit :
" Toi, ta vie va changer… "
Il y a bien quelqu'un en dessus de nous, cette fois je n'avais plus de doute. Pas quelque chose, mais quelqu'un Jésus. Ce soir là, il m'a délivré instantanément de la drogue et de l'alcool.
Puis l'épouse du pasteur est venue vers moi et m'a dit:
" Monsieur, pour la première fois que vous venez, vous avez eu bien du courage à vous avancer " et je lui ai répondu:
" Du courage, moi ? Oh vous savez, je me suis retrouvé là devant sans trop savoir comment…. " et elle a ajouté:
" Vous avez senti quelque chose ? "
" Oh, oui quelque chose est venu sur moi, ça m'a traversé de haut en bas, j'étais comme hypnotisé. " En souriant du coin des lèvres et en me tapotant sur l'épaule elle a conclu:
" Vous n'avez encore rien vu…. "
Elle ne pensait pas si bien dire….
Le lendemain, en regardant dehors, il me semblait que le décor avait changé. Le ciel, les oiseaux, les arbres avaient changé. Mais en fait c'est moi qui avais changé. Mon désir de suicide a été effacé de ma mémoire. Je ne voyais plus le monde comme avant. Tout avait changé. Je priais Dieu et enfin ma vie avait un sens. Je venais de passer par ce que la Bible appelle la deuxième naissance. La première, c'est quand tu viens au monde, c'est physique et la deuxième, c'est quand tes yeux s'ouvrent et que tu vois des choses que tu ne voyais pas avant ou que ton regard change, c'est spirituel. Je ne savais pas que ça existait. Une deuxième chance s'ouvrait devant moi, j'allais tout faire pour ne pas la gâcher, celle-là !
Ne connaissant rien à l'Évangile, à la nouvelle naissance et à tout ça, je pensais que ce changement était le fait d'avoir lu un livre et d'être entré dans une église évangélique. Alors j'ai acheté plusieurs de ces livres et je les ai offerts autour de moi et j'invitais les personnes à qui je les offrais à venir dans cette église, mais rien ne changeait dans leur vie…Je ne comprenais pas. J'ai même rencontré ce prédicateur en privé, pour tenter de comprendre ce qui m'était arrivé. Puis je me suis dit qu'un jour j'irai dans son pays…
A mon tour je parlais de Jésus autour de moi. Parfois, on se moquait de moi, parfois on m'écoutait. Je n'avais plus que ça en tête : parler de Jésus. A tous ceux que je rencontrais, je leur parlais de Jésus. Je leur racontais les merveilles qu'il accomplissait dans ma vie. Je leur disais que s'il agissait dans la mienne, il n'y avait aucune raison qu'il n'agisse pas dans la leur. Et il le faisait. J'ai vu des gens donner leur cœur au Seigneur. J'ai vu des gens être guéris. J'en ai vu d'autres se moquer et rire de moi. Mais cela m'était égal. Je revenais d'un trou trop sombre et trop profond pour me soucier de leur moquerie. L'amour de Dieu était si fort en moi, que je ne pouvais plus me taire.
J'avais dit à mon copain Philippe que jamais je ne parlerai de Jésus et que jamais, ô grand jamais, je ne prêcherai l'Evangile et pourtant je ne pouvais pas retenir ce feu qui était en moi. Je me fatiguais à la retenir, mais je ne pouvais pas. Je n'avais qu'un désir : prêcher et prêcher encore.
Je parlais de Jésus à mes enfants, je les emmenais à l'église, je voulais qu'eux aussi découvre ce merveilleux Jésus, mais le feu qui brûlait en moi était trop fort pour eux. Les mots que j'employais ne convenaient pas à leur âge et à leur langage. Je les ai davantage éloignés de Jésus que je ne les ai rapprochés, pourront-ils me le pardonner un jour ? Trouverais-je un jour les mots pour leur transmettre ce merveilleux message de l'Evangile ?
Je découvrais le monde évangélique avec ses plus et ses moins. Je découvrais que ceux qui le fréquentent sont comme tous les autres, des êtres humains avec leurs qualités et leurs défauts. Je repensais à mes amis et voisins du village de mon enfance à ce que j'avais pensé d'eux….finalement, ils n'étaient pas si mauvais que ça….

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