www.temoigner.ch

 

Génération tête de nègre

 

Je suis de la génération qui mangeait des têtes des nègre, du fromage petit nègre et pour qui ce mot ne désignait pas seulement de la nourriture, mais aussi des être humains.

 

Enfant,  j'ai participé à des fêtes missionnaires en faveur des " petits nègres ". Rien d'anormal donc que ce terme fasse partie de mon vocabulaire une fois devenu adulte. Si je l'employais pour désigner quelqu'un n'ayant pas la même couleur de peau que moi, je l'employais aussi pour raconter des histoires drôles sur eux, pour faire rire mes copains.

 

Ma génération est aussi celle qui a vu beaucoup de changements : une tête de nègre devenait une tête de choco. Les fromages petit nègre, devenait de simples fromages. Les fêtes missionnaires devenaient, dans un premier temps en faveur des pays sous-développés et ensuite des pays en voie de développement.

 

Le mot nègre devenait une expression raciste, comme bien d'autres d'ailleurs. Mais, il n'est pas toujours facile de changer de langage surtout quand tu ne veux pas y mettre de ta bonne volonté et que tu prétends employer des termes qui à tes yeux n'ont rien de raciste. On raconte bien des histoires sur les blondes, sur les belges, et même sur les suisses, on ne va pas en faire toute une histoire à cause de quelques mots : Mince, on dit bien des yaourts " petits suisses ", du fromage " tête de moine ", et on en fait pas tant. Alors quoi ? je ne vais pas m'efforcer à changer un mot dans ma vie et arrêter de raconter quelques histoires drôles sous prétexte que quelqu'un quelque part à  décidé que ces mots deviennent racistes. Faut pas pousser quand même ….

 

Je n'ai donc pas changé mon langage et j'ai continué de raconter des histoires drôles quand l'occasion se présentait.

 

Un matin, je me lève de très bonne heure pour entrer dans un de mes lieux préférés: Matthieu 6 : 6. Tu connais pas ? " Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme la porte à clé, et ton Père qui est là, dans ce lieu secret…. ". J'aime le calme du matin, tout est endormi, tout est silencieux. Mon Dieu me parle souvent dans ces moments là.

 

Ce matin, je mets un peu de musique puis j'écouter une prédication en ligne sur le net. C'est Samuel Peterschimtt,  pasteur de l’église la Porte Ouverte Chrétienne à Mulhouse qui prêche. Ce qu'il dit m'échappe un peu, mais tout à coup, il parle de Jo, un sénégalais qui errait dans les rue de Dakar en précisant qu'il était dans une telle misère qu'il buvait l’eau des caniveaux de Dakar. Il ajoute que Jo a donné son cœur au Seigneur et que sa vie a tellement été bouleversée qu'il est devenu pasteur à Dakar. Il dit alors que Jo est présent ce matin à Mulhouse et qu'il va témoigner lui-même de ce que sa vie est devenue avec le Seigneur.

 

Etant déjà allé dans cette église plus d'une fois, je vois la scène comme si j'y étais. Je vois Jo monter les quelques marches pour atteindre l'estrade, prendre place à côté du pasteur et prendre la parole. Il a à peine prononcé quelques mots que je tombe à genoux et je me mets à pleurer: Je vois défilé des images devant mes yeux : un africain buvant une eau insalubre pour survivre et moi je le regarde en le traitant de nègre et en riant. J'ai honte de moi, j'ai honte de mes propos sur mes frères africains, j'ai honte des histoires drôles que j'ai dites, j'ai honte de mes paroles et de mes excuses que ce ne sont que des mots.

 

La douce voix du Saint-Esprit me dit : " Chaque fois que tu te moques d'eux, c'est de moi que tu te moques. Chaque fois que tu racontes des histoires drôles, que ce soit sur QUI QUE CE SOIT, c'est de moi que tu te moques…. ". Je ne peux plus m'arrêter de pleurer. Je prends alors conscience qu'en me moquant des autres, je les abaisse et qu'en les abaissant je me crois donc supérieur et m'enfle donc d'orgueil.  

 

Pardonne-moi Seigneur.

Pardonne-moi pasteur Jo,

Pardonnez-moi amis africains,

Pardonnez-moi amis belges,

Pardonnez-moi amies blondes,

Pardonnez-moi vous tous les autres que j'oublie.

Pardonnez-moi.

 

Je sais que le Seigneur m'a pardonné.

Si un jour mon chemin croise celui du pasteur Jo, je lui demanderai pardon.

Si un jour je devais aller en Afrique ou en Belgique, je leur demanderai pardon.

 

Mon chemin a croisé celui d'une blonde et même que je marche avec elle. Je lui ai demandé pardon : c'est mon épouse.

 

Quelques temps plus tard, je suis allé en Afrique, au Burkina Faso.  Pour le nom de tous les noirs, je leur ai demandé pardon, et ils m’ont pardonné....

 

A mes amis belges, je n’ai pas encore eu l’occasion de leur demander, bien que je sois allé deux fois en Belgique....mais la troisième fois je n’y manquerai pas, promis....

Ecouter ce témoignage:

www.temoigner.ch

www.temoigner.ch - © michel béguelin 2011

 

Une mort retentissante.
La dame au pied noir.

Haut de page