C’est certainement durant les fêtes de fin d’année en 1955, que le morceau de caoutchouc tout fin qui devait m’empêcher de venir au monde a fait défaut. Contre toute attente, j’ai donc pointé mon nez en septembre 1956. Je rejoignais ainsi mon frère et ma sœur arrivés volontairement cinq années et treize mois avant moi.
J’ai grandi dans une famille sans grands problèmes. Mon père, travailleur sérieux et ma mère, au foyer, on fait de leur mieux pour nous donner une éducation digne de ce nom. Il serait faux de dire que j’ai vécu une enfance malheureuse. Je n’ai manqué de rien sans pour autant avoir grandi dans la surabondance.
Enfant, il m’arrivait souvent d’aller seul en forêt pour penser, pour réfléchir. En regardant la nature autour de moi, je pensais à la vie et je me posais mille questions :
Comment était le monde avant que je sois né ?
Comment sera-t-il après ma mort ?
Pourquoi est-ce que je suis là ?
Qu’y a-t-il après la vie… ?
Dans le village où j’ai grandi, Tramelan, dans le Jura Bernois, en Suisse, il y avait certainement plus d’églises que de bistrots. Les églises ne m’intéressaient pas, je préférais les bistrots. J’étais entouré de copains dont les parents ou parfois eux-mêmes, allaient à l’église, des voisins qui chaque dimanche courraient dans leurs églises.
De mon côté, je sortais le soir pour faire la fête dans les villages d’à côté avec mes amis pour ne rentrer qu’au petit matin, la plupart du temps ayant bu plus que raison pour ne plus marcher droit. Ma mère, inquiète de ce qui pouvait m’arriver, faisait les cent pas dans la cuisine en fumant cigarette sur cigarette. Quand enfin je rentrais, elle me disait qu’elle avait prié pour moi toute la nuit. Je riais et lui dis qu’elle perdait son temps, qu’elle ferait mieux d’aller se coucher et de dormir. Mais perdait-elle réellement son temps ?
Dans les villages d’à côté, il m’arrivait de rencontrer mes voisins, qui eux aussi faisait la fête. Ils me voyaient et mettant leur doigt devant la bouche ils me chuchotaient : « Nüt säge les autres… » Ce qui voulait dire : ne dis rien à personne ou encore tu ne m’a pas vu….et ils me payaient une bière pour que je me taise, et je me taisais, mais je n’en pensais pas moins. Quelle bande d’hypocrites, je me disais. Ça court à l’église dans un village, et dans un autre ça fait la fête. Et mes parents s’étonnaient que je ne veuille pas aller à l’église !!! Malgré tout, j’ai confirmé à l’âge de quinze ans, mais sans savoir ce que je confirmais et du coup, je me sentais aussi hypocrite que les autres….
Ma curiosité et ma soif de vivre quelque chose de grand, de fort et de vrai que je ne trouverai jamais dans une église m’ont conduit sur les chemins escarpés et tortueux des sciences occultes, de la drogue, du sexe et de l’alcool….
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